
« Des politiques économiques, du chômage et de l’économie de la débrouille en République démocratique du Congo : pour quel modèle de développement ? », tel est le sujet développé par le professeur Anastas Kazadi Matanda au colloque interdisciplinaire de Ngandanjika, organisé par les Editions Ditunga, au centre culturel Mgr Tharcisse Tshibangu Tshishiku.
L’orateur a dressé un constat amer : la débrouille, loin d’être un simple mode de survie, s’est érigée en un véritable système économique parallèle. “Malgré des réformes successives, le chômage demeure massif et l’économie informelle infiltre tous les secteurs de la vie nationale”, a-t-il fait remarquer. S’appuyant sur des données précises, le professeur Kazadi a révélé que plus de 84 % d’emplois au Congo-Kinshasa sont vulnérables.
“Le secteur agricole, lui, concentre près de 67 % de l’emploi total, contre seulement 8 % dans l’industrie. Cette dépendance à une économie informelle a pour origine l’échec des politiques économiques importées, de la zaïrianisation à la libéralisation imposée par les institutions financières internationales. Ces modèles ont engendré exclusion sociale, stagnation économique et fragilité du tissu productif national”, a expliqué ce chercheur de formation économique de développement.
Face à ce diagnostic, le conférencier a appelé à endogénéiser les politiques économiques et à replacer l’humain au centre du développement. Il propose une industrialisation agricole, la formalisation du secteur informel, la promotion de l’emploi féminin et l’adoption d’une politique inclusive, orientée vers les plus pauvres. Dans un ton lucide et grave, il a invité les décideurs à rompre avec la dépendance extérieure et à redonner à la débrouille sa véritable vocation : non plus un refuge de précarité, mais un levier d’un développement congolais ancré dans la réalité nationale.
Pontien Manda
