
L’enthousiasme de nombreux Congolais face à une prière étonnée en présence du président américain Donald Trump à l’issue de la signature à Washington de l’Accord de paix entre le Congo-Kinshasa et le Rwanda pour la partie Est du pays de Tshisekedi, surprend plus d’un observateur avisé.
Faut-il vraiment s’émouvoir d’une simple prière venant d’un homme politique étranger ? Le professeur ordinaire, Jean-Claude Matumweni évoque la question de la sincérité et des intérêts américains.
Evoquant l’évangile selon Matthieu 7:21, ce chercheur relaie que que « Ce ne sont pas ceux qui disent : Seigneur ! Seigneur ! qui verront le royaume des cieux ». Il rappelle à propos que les paroles ne suffisent pas à prouver la sincérité ou l’intérêt réel. Une prière publique peut très bien n’être qu’un geste symbolique ou stratégique, sans engagement profond.
Abordant la question des intérêts américains, il révèle que l’histoire démontre que les États-Unis, à travers leurs présidents, ont toujours agi selon leurs propres intérêts. Deux exemples illustrent ce principe : Abraham Lincoln, connu pour avoir aboli l’esclavage, n’aurait pas agi par pure conviction morale. Selon une citation rapportée par Kwame Nkrumah dans Africa Must Unite, Lincoln aurait dit : « Si j’avais été convaincu que l’esclavage était une bonne chose pour l’Amérique, je l’aurais maintenu ». Sa priorité était donc l’intérêt de l’Union et non la liberté des Noirs. Ronald Reagan, dans les années 1980, aurait refusé de soutenir le départ de Mobutu Sese Seko du pouvoir malgré les pressions de Ngunz Karl-i-Bond parce que les conseillers de Reagan avaient jugé que les intérêts américains n’étaient pas menacés au Zaïre. Reagan aurait alors déclaré qu’il n’y avait aucune raison de chasser Mobutu.
À la lumière de ces exemples, l’enseignant de l’Université des Sciences de l’information et de la communication (UNISIC, ex-Ifasic) donne une leçon pour le peuple congolais. “Ces exemples démontrent que les prières, déclarations ou gestes de solidarité des dirigeants étrangers ne doivent jamais être pris au pied de la lettre, surtout quand ils proviennent de figures politiques comme Trump. L’histoire prouve que les grandes puissances agissent d’abord et avant tout selon leurs propres intérêts stratégiques”, avertit-il.
Aussi invite-t-il les Congolais à la vigilance, la lucidité politique et la conscience historique qui constituent les clés d’un avenir souverain.
Monique Mbelu
